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À 17 ans, il était le meilleur espoir de la planète hockey!

12 janvier 2019
À une époque pas si lointaine, Angelo Esposito avait l'étiquette d'un futur premier de classe.

En janvier 2007, la centrale de recrutement de la Ligue nationale dévoile son premier classement des espoirs en vue du repêchage. Esposito voit son nom tout en haut de la liste. Meilleur espoir nord-américain. Aussi bien dire du monde, car l’Europe n’avait pas d’aspirant sérieux au premier choix cette saison-là.

Voici son histoire,

* Telle que rapportée par Alexandre Pratt, via La Presse +

Toute son enfance, le hockeyeur de Mont-Royal a compté des buts, beaucoup de buts. « J’avais environ 4 ans quand mes parents ont peinturé les patins de ma soeur en noir et m’ont initié au hockey, se souvient-il. Je marquais six buts. On m’envoyait dans l’autre équipe. J’en comptais six de plus. »

À 11 ans, il est invité à disputer des tournois dans l’Ouest canadien.

À 14 ans, il suit le chemin tracé par Sidney Crosby et déménage au Minnesota. Il s’inscrit dans la même école secondaire, Shattuck-St. Mary’s, où il est surclassé midget AAA.

À 15 ans, surdoué, il imite son coéquipier Jonathan Toews et saute une année d’école. Les universités américaines se l’arrachent. « Je partais le week-end faire des tournées : Boston College, Boston University, Harvard, Wisconsin. C’était vraiment le fun ! »

Esposito peut obtenir une bourse dans l’université de son choix. Il décide plutôt de rentrer au Québec pour rejoindre Patrick Roy avec les Remparts de Québec. « C’était le chemin le plus rapide vers la LNH », se justifie-t-il. Jumelé à Alexander Radulov, il connaît une première saison junior exceptionnelle : il inscrit 98 points en 57 matchs, est nommé sur l’équipe d’étoiles des recrues de la Ligue canadienne, remporte la Coupe Memorial et la médaille d’or au Championnat du monde des moins de 17 ans.

À Québec, un des plus importants marchés de hockey junior du pays, Esposito devient la « saveur du mois. »

« C’était fou. Une compagnie a produit une carte de hockey de Guy Lafleur et moi. J’avais 16 ans, je n’avais pas d’attentes, je ne ressentais pas la pression. »

Suit sa deuxième année junior. Celle de ses 17 ans. Celle qui précède son repêchage par une équipe de la Ligue nationale. « C’est là que tout a commencé », laisse-t-il tomber.

« Jusque-là, je n’avais eu que du fun. Maintenant, c’était devenu une job. »

— Angelo Esposito

« Pendant l’été, on a commencé à me dire : “Tu dois avoir une bonne saison. Tu as besoin de faire ceci, faire cela.” J’aurais dû juste m’amuser. J’ai mal géré ça. Je voyais [Sidney] Crosby dans la LNH, je voulais surpasser ses exploits. Je voulais être repêché au premier rang. »

Puisque Radulov avait fait le saut dans la LNH, Esposito devenait de facto la grande vedette des Remparts. Un défi arrivé trop vite pour lui. « Notre équipe était plus faible, raconte-t-il. J’avais plus de pression pour la faire gagner. »

« Les gens avaient soudainement des attentes très élevées. Tous les jours, on me parlait du repêchage, du nombre de points que je faisais. C’était difficile. Tous les jours, des dépisteurs venaient parler à Patrick [Roy]. Tous les jours, ils l’appelaient au téléphone. “Comment est son attitude ? Travaille-t-il fort ?” »

En janvier 2007, la centrale de recrutement de la Ligue nationale dévoile son premier classement des espoirs en vue du repêchage. Esposito voit son nom tout en haut de la liste. Meilleur espoir nord-américain. Aussi bien dire du monde, car l’Europe n’avait pas d’aspirant sérieux au premier choix cette saison-là.

« C’était un bon feeling d’être le numéro un. Le problème, c’est que je ne pouvais que descendre. »

« Les gens pensent qu’il y a plus de pression quand tu es 12e sur la liste. Mais 12e, tu peux encore monter. Premier, tu ne peux que rester ou descendre deuxième, troisième, quatrième… »

— Angelo Esposito

Et c’est exactement ce qui s’est produit. En avril, Esposito tombait au huitième rang. « Je me disais : “Qu’est-ce que j’ai fait de mal ?” Mes statistiques étaient plutôt bonnes. Il ne restait plus beaucoup de temps avant le repêchage. Alors tu te poses des questions : “Qu’est-ce que je dois faire de neuf ?” »

« À l’époque, les psychologues sportifs, ça commençait à peine. Je n’en avais pas. Mes parents me soutenaient, mon conseiller familial aussi. Patrick [Roy] ne me parlait pas de ça. Il coachait. Il voulait imposer une mentalité de gagnant, c’est ça, sa force. »

En juin, Esposito prend l’avion pour assister au repêchage à Columbus. Il est dans le brouillard. Malgré son statut de meilleur espoir seulement six mois plus tôt, il n’est même pas convoqué en entrevue par les clubs qui détiennent les trois premières sélections. Il pense être choisi par la Floride (10e) ou la Caroline (11e). Ce ne sera pas le cas. Ce sont finalement les Penguins de Pittsburgh qui l’appelleront, au 20e rang. Une éclipse pour celui qui avait toujours été l’étoile la plus brillante.

Si la saison de 17 ans d’Esposito a été une tempête, celle de ses 18 ans sera un ouragan.

« Je pensais jouer [avec les Penguins] immédiatement. J’ai commencé la saison dans le junior. Je pensais que je ne devais pas être là, que ma place était à Pittsburgh. J’ai mal géré ça. J’aurais dû me concentrer sur la prochaine présence, la prochaine période, le prochain match. J’aurais dû vivre dans le présent. »

« C’est là que je suis tombé au plus creux. Patrick [Roy] était tough avec moi. J’avais besoin de mieux jouer, de faire la différence. C’était difficile d’aller à l’aréna. La pression était très forte. Chaque fois que je voulais faire mieux, ça empirait. »

— Angelo Esposito

Sur trois saisons, sa production offensive passe de 98, à 79, à 69 points, alors qu’elle devait augmenter. « J’avais besoin d’un changement d’air. »

Son souhait est exaucé au printemps. Les Remparts l’échangent au Junior de Montréal. Esposito se rapproche de la maison. Il se retrouve entouré de trois jeunes entraîneurs : Pascal Vincent, Dominique Ducharme et Joël Bouchard.

« Les trois meilleurs coachs que j’ai eus, s’exclame-t-il. Avant chaque match, Joël me donnait une liste de gestes à accomplir. Les objectifs étaient clairs. C’est la seule chose à laquelle je devais penser sur la glace. C’est ce que j’aurais dû faire à 17 ans. Mais à cet âge, tu penses juste au nombre de buts que tu vas compter. »

À 19 ans, dans un nouvel environnement, Esposito reprend confiance en lui. Il reçoit une invitation d’Équipe Canada pour le Championnat du monde junior. Il refuse d’y aller, car il craint un quatrième rejet. Vincent le convainc de revenir sur sa décision et de tenter sa chance. Esposito est finalement sélectionné. Il commence le tournoi sur le quatrième trio. Il disputera la finale sur le premier, à l’aile de John Tavares, et comptera même le but gagnant pour la médaille d’or.

L’étoile retrouve son éclat. Son nouveau club dans la LNH, les Thrashers d’Atlanta, est satisfait de sa progression. Mais dans un match contre les Tigres de Victoriaville, Esposito se déchire le ligament croisé d’un genou. « Là, ma carrière a fait un 180 degrés. »

Après six mois de réadaptation, contre l’avis de son entraîneur, le jeune attaquant tente de précipiter son retour au jeu dans la Ligue américaine. Il se blesse aussitôt. « Quand je suis revenu au vestiaire, [l’entraîneur] Don Lever m’a juste dit : “Tu aurais dû m’écouter.” Je savais ce qui m’attendait pour la suite. »

Esposito subira d’autres blessures graves. Il accumulera les points Aéroplan au fil de ses déménagements : San Antonio, Cincinnati, la Finlande, Milan, Bolzano, Cortina, la République tchèque. Il est rentré à Montréal il y a deux ans. Il aura 30 ans dans quelques jours. Sa carrière est maintenant terminée. L’ancien espoir numéro un n’a jamais atteint la Ligue nationale.

« Peut-être que je n’ai jamais joué dans la LNH et que je n’ai pas de diplôme. Mais j’ai fait une belle carrière junior. J’ai joué longtemps chez les pros. J’aime ce que je fais dans la vie. Je travaille dans l’immobilier, j’ai une quarantaine de portes. Tous les jours, je saute sur la glace avec les jeunes. J’aide des futurs espoirs [à Hockey Etcetera], je suis impliqué dans le programme à Selwyn House, je donne un coup de main à une équipe pee-wee à Mont-Royal, je suis aussi à Westmount. Je suis heureux. Je tenais à m’établir à Montréal et à avoir du succès ici. »

Visiblement en paix avec le hockey, Esposito termine l’entrevue avec un conseil pour les jeunes espoirs de 17 ans. « Chaque fois que tu vas à l’aréna, sois positif. Profite de chaque instant. Le hockey va prendre fin un jour. Des fois, je me dis que j’aurais dû profiter davantage du moment présent. Tout s’est passé très vite… »

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