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UNE RENCONTRE SAISISSANTE AVEC DENIS GAUTHIER, QUI A TOUT CHANGÉ POUR CET ESPOIR QUÉBÉCOIS

Combien de fois avons-nous entendu la fameuse phrase comme quoi le repêchage « est une science inexacte »? En effet, il n'est pas rare de voir des espoirs dotés d'un talent exceptionnel être réclamés dans les premiers échelons pour ensuite voir son potentiel s'éteindre à petit feu alors que dans d'autres cas, des jeunes joueurs sélectionnés dans les rondes tardives font preuve de beaucoup de détermination et explosent au moment de faire le saut chez les professionnels.



Relativement à cela, un jeune attaquant des Voltigeurs de Drummondville pourrait bien se retrouver dans cette deuxième catégorie d'ici quelques saisons. Pourtant, William Dufour, un attaquant de 6 pieds 2 pouces et 198 livres, n'était pas prédestiné à appartenir à ce groupe de joueurs avant qu'une importante conversation n'ait lieu entre lui et l'ancien défenseur de la LNH et actuel analyste chez RDS, Denis Gauthier :


Cet intriguant épisode a commencé lorsque les Voltigeurs ont refilé l'excellent Dawson Mercer aux Saguenéens de Chicoutimi alors qu'en retour, ces derniers ont donné une tonne d'éléments, dont William Dufour. Lorsqu'il a constaté qu'il pourrait compter sur les services d'un tel ailier, l'entraîneur Steve Hartley ne pouvait que s'en réjouir :

« Des gars comme lui, ça ne court pas les rues. »

« C’est une force de la nature. C’est un gros bonhomme, un gars fait sur mesure pour jouer chez les pros juste par son gabarit, son tir et ses habiletés individuelles. Il n’a pas peur d’aller jouer dans le trafic. C’est vraiment le prototype de l’attaquant de puissance », affirme Hartley.


Toutefois, l'arrivée de Dufour avec la formation du Centre-du-Québec n'a pas débuté comme le principal intéressé l'aurait souhaité :

« Je pensais arriver là et avoir une excellente fin de saison, mais au début, ça n’allait vraiment pas comme c’était supposé aller. »

C'est à ce moment que Denis Gauthier arrive dans l'histoire. En plus de ses fonctions d'analyste, l'ancien choix de premier tour en 1995 agit à titre de consultant auprès des joueurs et des membres de l'organisation des Voltigeurs. D'un commun accord avec les dirigeants, Gauthier s'est dit qu'il se devait d'avoir une petite conversation avec Dufour pour remettre celui-ci sur le droit chemin :

« Je ne suis pas là pour les chicaner quand ça va mal, sauf qu’une fois de temps en temps, entendre une nouvelle voix ça peut faire du bien. Ça peut saisir. »

« J’ai été poli, mais il fallait lui dire ses quatre vérités », résume l’analyste de RDS.

« Il y en a parfois qui se voient meilleurs qu’ils le sont vraiment et probablement qu’il rentrait dans [cette catégorie-là], cerne-t-il. Ça prenait peut-être juste quelqu’un pour lui faire réaliser qu’il n’était pas aussi bon qu’il le pensait à ce moment-là. Il avait le talent, mais il ne performait pas au maximum de son potentiel. »


Et comment l'actuel numéro 28 a-t-il digéré la nouvelle? Si le joueur affirme qu'il a été choqué, Gauthier lui, donne beaucoup de crédit à l'athlète de 18 ans :

« Dur, c’est le mot à employer. Denis n’a pas été méchant, mais il m’a dit de A à Z ce qu’il fallait que j’améliore. »

« J’étais ouvert d’esprit et j’ai écouté ce qu’ils avaient à dire sur moi. Ç’a juste très bien fonctionné après. »

« Il y en a qui auraient peut-être pu s’écrouler ou bouder dans leur coin en se disant qu’ils ne méritaient pas de se faire parler de même. Mais à son crédit, le kid s’est retroussé les manches et il a travaillé », souligne Gauthier.


Disons que son dur labeur a fini par rapporter. En 28 parties avec Drummondville, le natif de Québec a noirci la feuille à 33 reprises, dont 18 fois dans la colonne des buteurs. En comparant sa moyenne de points par match du début de sa saison alors qu'il était à Chicoutimi à celle depuis son arrivée avec les Voltigeurs, on constate que Dufour a amélioré sa production de 0,48 point par partie, lui qui maintenait un ratio de 1,18 avant la pause.

Des recruteurs mélangés

Sauf que comme le souligne Denis Gauthier, les recruteurs sont maintenant en questionnement à savoir quelle version de cet ailier de puissance se présentera dans la LNH :

« Il a changé l’opinion que bien des gens avaient de lui en peu de temps, estime Gauthier. Ç’a parti d’une certaine façon, mais là les dépisteurs se demandent c’est qui le vrai William Dufour? Celui qu’on voyait avant ou celui qu’on a vu en fin de saison? »

D'ailleurs, dans les lignes couvrant ce sujet sur le RDS.ca, l'auteur Mikaël Fillion a recueilli l'avis de divers recruteurs à l'égard de William Dufour :

« C’est un gros attaquant capable de marquer des buts. Ça, c’est tout le temps intéressant », affirme le premier recruteur sondé.

« Il faudra qu’il commence à jouer comme un gars de 6 pi 2 po. Il est gros, il faut qu’il utilise cette charpente-là. S’il peut prendre confiance en ce qu’il a, je pense qu’il peut être un bon choix », estime quant à lui le second.

« C’est le genre de gars où en 5e ou 6e ronde tu te dis coudonc, on prend une chance à condition qu’on soit certain qu’il veuille y mettre du temps », déclare le dernier.


Toutefois, Denis Gauthier demeure unanime : William Dufour possède un potentiel pour évoluer chez les pros :

« S’il fait tout en son pouvoir pour se développer, qu’il fait les choses correctement et qu’il marche droit, c’est un gars qui a un gros potentiel et qui a les outils pour jouer professionnel; Ligue américaine et plus, projette Gauthier. C’est à lui maintenant de s’assurer qu’il a le coffre pour tous ces outils-là. »​

Bref, il sera vraiment intéressant de voir l'évolution du jeune Dufour lors des prochaines années. S'il continue à mettre les bouchées doubles, parions qu'il pourrait représenter un vol de l'encan 2020 dans la LNH. La balle est maintenant dans son camp...
CHARLES-ANTOINE NICOL
5 JUILLET 2020  (9H21)